La projection d'un ethnocentrisme : facteur de
puissance ?
Mon propos concerne les pratiques diplomatiques
actuelles des Etats-Unis : c'est sous cet angle que je souhaiterais
explorer à mon tour la question de l'ethnocentrisme, en commençant par quelques
remarques de synthèse sur le "style national" de politique étrangère,
la "culture politique américaine", puis en essayant d'explorer les
rapports entre ethnocentrisme et puissance.
Il y a en effet une question très paradoxale qu'il me
semble intéressant de poser, même si je suis loin de pouvoir y répondre :
dans quelle mesure l'ethnocentrisme américain a-t-il pu s'imposer à d'autres
pays, et tenir lieu, pour eux, de représentation valide du monde ? Est-ce
que le stade ultime de ce concept intraduisible de "leadership", que
nous, Français, traduirions volontiers par "domination", ce n'est pas
d'obtenir des autres qu'ils partagent votre vision du monde, même si elle est
liée à votre histoire, votre culture, et non à la leur ?
Avant de m'intéresser à cette question, je
souhaiterais faire le point sur la définition de l'ethnocentrisme d'après les
travaux qui ont été présentés, pour préciser mes propres attendus. Au fond,
dans le domaine de la politique étrangère, l'ethnocentrisme recouvre trois
phénomènes.
- Un sentiment de supériorité
qui peut parfois dégénérer en arrogance, condescendance, mépris ou
racisme ; c'était ce que démontrait, pour une large part, l'exposé de M.
Offner hier, ou celui d'A. Deysine ; ce sentiment de supériorité est sans
nul doute accru par la position de première puissance mondiale des Etats-Unis
au xxe siècle, et par la force de certains
mythes comme celui de l'exceptionnalisme ou de la destinée manifeste.
- Des catégories, des références
et des critères pour comprendre et juger le monde, catégories et
critères directement issus de l'expérience, de la culture politique nationale[1], et
qui bien souvent brouillent la vue des décideurs parce qu'il sont inaptes à
représenter des réalités étrangères. C'est ce second sens possible
d'ethnocentrisme que j'utiliserai principalement dans ma réflexion.
C'est au fond le problème de la représentation de
l'autre qui est posé, problème qui est celui, par exemple, des récits de
voyage, et auquel François Hartog a consacré un très beau livre : Le
miroir d'Hérodote, où il montre les difficultés du père de l'histoire à
expliquer l'autre par le même, c'est-à-dire le Barbare au Grec. Avec quel
concept, avec quelle catégorie expliquer les crues du Nil, quand rien de
semblable n'existe en Grèce ? Avec quelle référence connue, avec quel
repère familier expliquer le nomadisme des Scythes, leur religion ou leur
structure politique, puisqu'il leur manque les élément de base de toute vie
sociale normale : le foyer, la cité, le champ labouré ?[2]
- Un contenu variable selon les époques et les
milieux considérés, et qu'on peut résumer sous la formule "le monde vu de
Washington" ou "le monde vu du Sud des Etats-Unis", ou de la
façade Pacifique, ou de la Navy, ou du Département à l'Agriculture, ou
encore des multinationales américaines… Ces contenus sont assurément
divers ; il y a bien "des" visions ethnocentriques américaines,
même s'il est possible de trouver un point moyen, ou plutôt une vision
dominante. Je pense notamment à un récent article de Michael Lind dans Foreign
Affairs qui rappelle les antagonismes sectionnels de politique étrangère,
notamment entre le Sud et le Nord-Est :
cette diversité de contenus, selon Lind, reflète à son tour des différences de
culture politique à l'intérieur des Etats-Unis.[3]
Précisément, en termes de contenu,
il existe une étude de Gilbert Achcar, de l'Université de Paris VIII, intitulée
"Le monde selon Washington". Le contenu de cette représentation
américaine du monde n'est à mon avis qu'en partie convaincant, dans la mesure
où la carte ainsi tracée reflète simplement les intérêts matériels
géostratégiques (économiques et politiques) de la superpuissance, que l'auteur
résume finalement ainsi :
"En dernière analyse, le monde selon Washington
ressemble beaucoup à ces mappemondes où les tailles des pays sont
proportionnelles à leurs PIB."[4]
Or, dans le domaine des représentations du monde, la
carte américaine est beaucoup plus riche que cela et s'agrémente de préjugés,
d'angoisses, de distorsions culturelles, et de catégories qui n'existent qu'aux
Etats-Unis ; bref, d'ethnocentrisme, comme l'ont montré les communications
précédentes.
Justement, de ce côté-là, la littérature existante est
plus généreuse, puisqu'elle nous offre une remarquable étude : celle de
Stanley Hoffmann, Gulliver empêtré, en 1968, étude de ce qu'il appelle
le "style national" américain en politique étrangère - c'est-à-dire,
finalement, ses traits ethnocentriques. Cette étude conserve, jusqu'en l'an
2000, une étonnante capacité explicative et même prédictive pour la politique
étrangère actuelle. Voilà comment Stanley Hoffmann définit sa vision des
choses :
"Les
Américains n'ont cessé de projeter dans leur politique étrangère ces trois
facettes de leur expérience : sa composante historique (les leçons tirées
de la situation unique de leur pays et les habitudes mentales qui en
découlent) ; le mode de pensée américain, la façon de saisir le monde
mentalement afin de le juger et de le réformer (une sorte de rationalisation de
l'expérience américaine) ; et le mode d'action, la façon de percevoir le
monde instrumentalement, c'est-à-dire les outils qui ont façonné le succès de
l'expérience américaine."[5]
Hoffmann s'intéresse surtout à la vision américaine
de l'Europe, et il tente de mettre à jour les différentes strates qui
conditionnent cette vision. L'exceptionnalisme est la première d'entre elles
("la contribution la plus grande que l'Amérique puisse apporter au monde,
c'est sa propre histoire et son progrès"), qui amène un jeu de bascule
entre isolationnisme – protection d'un modèle exceptionnel – et impérialisme,
c'est-à-dire projection, diffusion de ce modèle. Les deux autres strates sont
le mépris conçu pour l'Europe au cours des années 1930, au temps des dictatures
hideuses et des démocraties anémiques, et la foi des "pères fondateurs du
monde américain" de 1945 – 1949, qui ont façonné l'Europe à
l'américaine : l'Europe était un chantier à rebâtir selon les normes américaines
pour l'empêcher de retomber dans ses erreurs.
"On est passé de l'isolement
à la direction du monde, le point commun à ces deux extrêmes étant le désir
d'éviter de se laisser contaminer par des troubles étrangers malsains."
Ces diverses couches ont laissé un
"héritage d'intolérance" vis-à-vis de l'Europe : intolérance
vis-à-vis des complications de cette histoire (large ignorance ou
simplification, notamment du jeu des forces sociales et de la politique) et
intolérance vis-à-vis des formules politiques européennes, c'est-à-dire
essentiellement l'équilibre des puissances – Kissinger n'est-il pas rejeté
comme amoral et anti-américain, au moins par son inspiration politique ? –
et le nationalisme belliqueux et colonialiste. L'impérialisme américain est dans
le même temps absous de ses péchés, car il est jugé temporaire, forcé, bénin,
ou bien supérieur de par ses idéaux élevés : on a là une dualité (double
standard) qui caractérise souvent la vision américaine du monde et plus
généralement les visions ethnocentriques, et sur laquelle je reviendrai.
Tout ceci culmine dans l'idée
fortement suggérée au cours des années 1940 et 1950 aux Européens devant leurs
échecs : suivre la seule voie possible, la voie fédérale à l'américaine.
"Les Européens, conclut Hoffmann, ont l'habitude des hauts et
des bas, des tours et des détours, de la chance et de la malchance. Ils sont
donc sceptiques quant à la possibilité d'appliquer avec succès, à l'étranger ou
même chez eux, des recettes qui ont autrefois fait leurs preuves dans des
circonstances particulières. Ils ne sont pas assez persuadés de la réussite de
leur propre histoire pour vouloir en étendre les leçons à l'univers. Mais les
Américains, dont l'histoire est le récit d'une réussite, sont portés à croire
que les valeurs qu'ils ont tirées de leur propre expérience ont une application
universelle. Ils refusent d'admettre que ces valeurs sont liées aux conditions
particulières qui ont rendu possible le succès américain."[6]
Finalement, on a donc une double attitude
ethnocentrique par rapport à l'histoire : simplification et idéalisation
de l'expérience américaine d'un côté, évacuation du poids du passé et des
déterminismes et résistances de long terme dans les sociétés étrangères de l'autre.
Une version récente de cette distorsion est observable dans le livre très
intéressant d'Alfredo Valladao – qui est d'origine brésilienne – en 1993[7] :
l'auteur y présente l'image d'une "Amérique - monde" ayant résolu les
problèmes de coexistence des religions et des groupes d'origines ethniques
diverses ; l'Amérique, c'est déjà le monde, sa société est une image de
tous les peuples de la terre, et son "savoir-faire multicuturel" (institutionnel,
politique et social) est un modèle exportable dont le monde doit s'inspirer
pour résoudre ses problèmes ethniques et religieux ; le cinéma, la
télévision et la World Music expriment déjà cette "réalité".
Tout le problème évidemment est de faire le partage, dans les intuitions d'A.
Valladao, entre ce qui relève d'évolutions historiques objectives et de ce qui
relève d'une vision ethnocentrique acquise par l'auteur.
Ceci posé, quels sont, pour Stanley
Hoffmann, les "principes [ethnocentriques] de l'Amérique" ? On
peut en isoler huit.
1/ Le principe de
l'autodétermination du peuple, en raison d'un optimisme foncier qui suppose que
le choix populaire ne saurait jamais, dans des conditions normales, être le
communisme.
2/ Le principe du refus des
changements par la force, qu'Hoffmann appelle "l'axiome de l'évolution
pacifique".
3/ Le principe du lien entre
développement économique et régime politique, supposé être de plus en plus
démocratique à mesure que l'économie progresse ; avec ce corollaire :
toute action qui s'exerce dans le secteur économique aura un effet sur les
autres secteurs de la société. C'est une sorte de marxisme élémentaire,
simplifié et inversé, qui en vient à nier les dimensions culturelles voire
affectives de l'expérience politique, comme le nationalisme ou le désir
d'indépendance.
4/ Le fantasme du consensus :
les gens sont faits pour s'entendre ; c'est "l'illusion de la
procédure", la foi en la main invisible du marché des idées. Entre gens de
bonne volonté, on est d'accord sur la nécessité d'être d'accord et sur les
moyens de négocier les différends ; or, en relations internationales, on
ne diffère pas que sur les moyens, mais aussi sur les principes et donc sur les
conditions mêmes de résolution des différends.
5/ Pour cette raison, le monde est un monde en noir et
blanc : "si l'harmonie est la norme, les obstacles à la félicité sont
sûrement dus à un méchant. Cette tendance est renforcée par le fait que l'Amérique
aborde les relations internationales comme s'il s'agissait d'une extension des
rapports interpersonnels", écrit Hoffmann. D'où l'importante charge
affective qui marque les relations avec Israël, la Chine ou la France par
exemple.
6/ Un principe très important :
celui de la simplification rationalisante.
"Le
grand défaut de l'Amérique, ce n'est ni le moralisme, ni l'idéalisme, ni le
légalisme [...]. C'est ce que j'appellerais le formulisme ou le
formalisme : formulisme parce que des réalités extrêmement complexes sont
réduites à la simplicité bénie d'un slogan sacré ; formalisme parce que
ces slogans révèlent une certaine méconnaissance des processus politiques,
historiques et sociaux dont doit se préoccuper la politique étrangère."
7/ Des idées simples pour un monde compliqué : le
raisonnement par analogie règne en maître, surtout en histoire ; ce
phénomène est accentué par la prégnance de la culture juridique qui pousse à
mesurer constamment le poids des précédents. Tocqueville n'écrivait-il pas :
"L'Amérique est donc un des pays au monde où l'on étudie le moins et où
l'on suit le mieux les préceptes de Descartes." ? [8] Cette
tendance se lit dans la multiplication des grandes
théories récentes : la fin de l'histoire, le choc des civilisations, etc.
8/ le principe du pragmatisme et de la pensée experte ; le goût
pour le savoir-faire plus que pour le savoir-que-faire ; l'influence de
l'économie dans la pensée et la science politique, de même que dans la
stratégie ; bien souvent d'ailleurs – Hoffmann écrivait pendant la Guerre
froide mais cela reste vrai – la pensée stratégique prend le pas sur le
jugement politique.
Finalement, c'est le dualisme qui
résume utilement tous ces principes : l'aigle américain tient deux
discours, celui la force et de la puissance d'une part ; et celui de la
main tendue, de la construction et de l'échange d'autre part, suivant qu'on est
du bon côté ou non. Et ce côté est celui du bon droit, la séparation étant
chargée d'une connotation morale omniprésente. Cette sorte de schizophrénie
représente, bien sûr, un risque permanent d'hypocrisie ; un diplomate
rapporte ainsi son expérience au Département d'Etat : "Une onction
sacrée, invisible au profane, fait la différence entre la défense des
intérêts économiques américains et le mercantilisme des étrangers,
entre les ventes d'armes de ceux-ci et l'exportation des matériels de
défense américains."
Voilà donc, trop brièvement
résumées, quelques caractéristiques de l'ethnocentrisme américain en matière de
politique étrangère pour Stanley Hoffmann.
J'en viens maintenant au cœur de mon
propos, à ma question initiale, au paradoxe qui ouvrait le champ des enjeux
dans mon introduction : dans quelle mesure l'ethnocentrisme américain
a-t-il pu s'exporter et s'imposer à d'autres pays, et tenir lieu, pour eux, de
représentation valide du monde ? Je suggérerais trois piste
pour répondre. D'abord, les Etats-Unis sont à l'origine d'une production très
nourrie de représentations du monde, représentations marquées - à des degrés
très divers - par l'ethnocentrisme. Cette tendance peut amener Washington à se
méprendre sur le monde extérieur : c'est ce que certaines des communications
précédentes, comme celle de Justine Faure ou celle de Laurent Césari, ont
largement montré. Je considère pour ma part – c'est mon second point – un autre
versant du problème, en aval : la diffusion ,
l' "exportation" pourrait-on dire, de ces représentations
américano-centriques, dont on peut tenter de saisir quelques-uns des
mécanismes. Et bien sûr, la question qui vient immédiatement après est la
suivante : quelle est l'influence de ces représentations sur la conduite
d'autres pays ; autrement dit, dans quelle mesure la domination sur le
champ des représentations est-elle un facteur de puissance pour les
Etats-Unis ? Après ce troisième point, la question subsidiaire serait bien
sûr : dans quelle mesure est-il encore possible de la contester ?
1/
Les Etats-Unis, producteurs prolifiques de représentations du monde
Cette production, par sa diversité
et son volume, domine toutes les autres. Elle s'appuie sur une machine
politique et administrative, une machine intellectuelle et universitaire, et
une machine médiatique.
La machine politique dessine de manière ordonnée une
certaine vision du monde sur laquelle repose l'action quotidienne des
Etats-Unis : type de relations diplomatiques, conditionnalité de l'aide,
étendue de la coopération, niveau des visites officielles, etc. Les critères
utilisés et les catégories qui en résultent sont particulièrement apparents
dans les classements qui ont proliféré au cours des dernières années, et dont
on peut avoir une idée quand on visite le site Internet du Département d'Etat
où figurent nombre de rapports commandés par le Congrès : le terrorisme,
les libertés religieuses – dans un sens très américain –, la protection des
technologies militaires américaines, la production et le trafic de drogue (pour
le processus de certification…), les droits de l'homme – là encore, avec une
vision très américaine –, la séparation pouvoir civil / pouvoir militaire, la
prolifération balistique ou nucléaire, etc. : tous ces critères font
l'objet d'une étude approfondie et permettent de dessiner une certaine carte du
monde.
Ces pratiques de classement du monde, comment les
expliquer ? Culturellement, elles remontent certainement au
protestantisme, à l'importance des "élus" et du Jugement, de même
qu'à un autre élément de la culture politique américaine : la réduction
simplificatrice de la réalité extérieure qu'évoque S. Hoffmann. Le classement
est d'ailleurs largement utilisé pour mobiliser l'opinion publique. Enfin, la
culture juridique rend compte également de ces pratiques. Politiquement, elles
ont partie liée avec l'ascension du Congrès depuis les années 1970, avec comme
moment clef les premiers pas de la conditionnalité imposée aux autres pays
par-dessus l'épaule de l'Exécutif, notamment l'amendement Jackson-Vanik.
Ces pratiques de classement
aboutissent à répartir les pays dans quelques grandes catégories, dessinant
ainsi une limite entre le fréquentable et le non-fréquentable : les
"failed states" et "rogue states"[9] en
enfer ; les pays "en transition" au purgatoire ; les
partenaires, alliés et amis au paradis. La traduction même de "rogue
state" pose problème ; en effet, "bandit" ou
"voyou" rendent mal la connotation de forte réprobation morale, et
les diplomaties de nombreux pays étrangers – à commencer par celle de la France
– ont refusé d'importer cette catégorie avec ce qu'elle véhicule de vision
ethnocentrique américaine.
La puissance de la machine
intellectuelle et universitaire repose sur plusieurs facteurs, parmi lesquels
- le nombre d'universités, de centres spécialisés, de think
tanks, bref de chercheurs ; l'ampleur du "marché" des
lecteurs qui permet de nombreuses publications ;
- la forte demande d'une "pensée", qui n'est
souvent qu'une expertise, en relations internationales, compte tenu des
responsabilités globales de l'Amérique ;
- l'ancienneté et la force de l'école américaine des
relations internationales ("une science sociale américaine") ;
le goût pour les théories globalisantes "frappantes" telles que la
fin de l'histoire et le choc des civilisations, qui sont facilement exportables
et relèvent de la même tendance à la réduction simplificatrice et
rationalisante ; etc. D'ailleurs on trouve également dans cette
littérature de nombreux classements qui dessinent d'autres visions du
monde : Etats pivots[10], civilisations,
etc.
La machine médiatique est sans nul
doute la mieux connue : d'un côté les médias de masse (CNN bien sûr, même
si la chaîne essaie de ne pas avoir une vision ethnocentrique du monde en
diffusant des reportages étrangers, comme dans "CNN World Report"),
de l'autre la presse spécialisée, universitaire ou "éclairée",
sachant qu'une publication dans ces revues spécialisées américaines reste, dans
beaucoup de pays, un atout pour une carrière dans de nombreuses disciplines, y
compris la science politique. Au Département d'Etat, l'attention extraordinaire
que l'on consacre aux contacts avec les médias, en particulier la presse
écrite, atteste l'importance que l'on accorde aux représentations. Ces contacts
représentent environ un quart de l'activité des rédacteurs du Département
d'Etat. Le chef du Policy Planning Staff reconnaît lui-même passer la
moitié de son temps à exposer la politique et la vision mondiale de
l'administration aux journalistes.
2/
Diffusion et influence des représentations américano-centriques
"Les idées dominantes d'une
société, disait Marx, sont les idées de sa classe dominante. Elles sont les
idées de sa domination." Remplaçons "classe" par puissance et
"société" par monde ou système international, propose Pierre
Hassner dans un article récent[11], et nous
obtenons une image fidèle du rôle et de la place des Etats-Unis dans les
représentations collectives liées soit à la géopolitique classique, soit au
phénomène de la mondialisation."
Eric Fassin[12]
évoque, pour sa part, une "illusion tocquevillienne" :
l'influence de Tocqueville laisse penser que les Français projettent leurs
catégories sur les Américains. En réalité, c'est largement le contraire, tout
dominant tendant à produire des représentations dominantes, de lui-même et du
monde qui l'entoure. La question est donc : comment la vision du monde
originaire du pays qui se conçoit au centre du système international se
diffuse-t-elle ? Mes réponses seraient : par la contrainte, par
l'intérêt, par le jeu du nombre, enfin par l'accès à l'information.
Par la contrainte, d'abord. Je pense ici aux lois extra-territoriales,
comme les lois Helms-Burton et D'Amato-Kennedy (1996), dont la signification
pourrait être : "nos critères de jugement des nations sont objectifs,
tout le monde doit les appliquer ; la condamnation morale et la sanction
économique doivent frapper également les pays qui font la faute d'entretenir
des relations commerciales avec les rogue states." Les pressions
diplomatiques qui accompagnent certaines initiatives américaines vis-à-vis de
pays tiers peuvent s'apparenter à cette catégorie de la contrainte. Mais bien
sûr, le problème de ce mode de diffusion est le risque de contre-productivité
qu'il recèle, ces méthodes brutales pouvant entraîner un rejet des visions
qu'elles cherchent à imposer.
L'intérêt vient ensuite. Beaucoup de
pays adoptent une "carte du monde" américaine parce que c'est dans
leur intérêt, parce qu'ils ont besoin de ménager leur relation bilatérale avec
la superpuissance et que cela passe avant tout. Ces relations bilatérales
renforcent l'impression de centralité que peuvent donner les Etats-Unis :
Gilbert Achcar, dans son texte, évoque une roue et ses moyeux[13] ;
on pense aussi à l'analogie avec la Chine. Peu de grandes civilisations ont
échappé à l'autocentrisme ; en Chine, l'expression "pays du
milieu" a servi de toponyme pour désigner l'empire : Zhongguo.
Les peuples et les mers alentours voyaient fort logiquement leur nom dépendre
de leur position vis-à-vis de ce centre qui dominait les peuples nomades ou
envahisseurs et les acculturait tour à tour ; ainsi le Japon était le
"pays d'où monte le soleil". Les Romains, quant eux, connaissaient
une périphérie très lointaine, la plus lointaine en fait qui leur fût
connue : le pays d'où vient la soie, "sericum" ou
"sinae"[14]…
c'est-à-dire cette même Chine qui pensait le monde organisé autour d'elle et faisait
accepter cette représentation aux vassaux. Suivant le cercle concentrique dans
lequel on était par rapport à ce centre, on était vu par l'Empire et par les
autres comme plus ou moins "barbare" (ou plus ou moins
"civilisé"). Le développement d'un réseau dense de relations
bilatérales entre les Etats-Unis et tous les autres pays évoque une version
nouvelle, une sorte de mise à jour de ce concept "d'empire du
milieu", de cette tendance naturelle à l'autocentrisme.
Dans ces relations bilatérales, le
jeu du nombre compte également pour expliquer la diffusion d'une vision
américano-centrée du monde. Dans le domaine universitaire, en sciences
économiques notamment, Susan Strange a évoqué l'importance du knowledge
power[15] qui fait que les termes
d'analyse, les enjeux et les paradigmes du débat scientifique, de l'économie du
développement par exemple, sont largement fixés aux Etats-Unis, dans les
universités et les centres de recherche, et sont ensuite directement utilisés
par les institutions internationales. Le nombre de leaders passés par les
universités américaines est tout à fait surprenant, notamment en Amérique du
Sud où les Etats-Unis apparaissent de plus en plus comme le référentiel naturel
des élites : parmi la multitude des liens non officiels que les Etats-Unis
entretiennent avec ces pays, il y a l'éducation, notamment le réseau des alumni,
les anciens élèves des universités. Les quatre derniers présidents du Mexique[16] ont
tous fait leurs études dans une grande université américaine ; l'équipe
qui a négocié l'ALENA autour du président Salinas était entièrement composée
d'anciens de Yale, Harvard, ou autres. Selon les pays, les Etats-Unis attirent
50 à 70% de l'effectif global des étudiants d'Amérique latine qui font leurs
études à l'étranger. En Asie, on trouve une situation comparable, de Sun Yat
Sen à Lee Teng-hui, en passant par la plupart des présidents philippins, des
officiers supérieurs indonésiens, des ministres singapouriens, des élites
coréennes, et même le père de la constitution indienne, le Dr. Ambedkar.[17] Bien
sûr il y a une fossé entre faire ses études aux Etats-Unis et adopter un point
de vue américain. Pourtant, ce qui est transmis lors des études universitaires
est moins affaire de contenu que de réflexes, d'approches intellectuelles, de
catégories de jugement, c'est-à-dire précisément ce qui constitue
l'ethnocentrisme (dans sa seconde définition).
L'accès à l'information apparaît
enfin déterminant dans cette diffusion d'une certaine vision du monde. Le rôle
des grandes agences de presse et des médias américains a déjà été évoqué :
là encore, il ne s'agit pas de dire que regarder CNN amène à adopter un point
de vue américain. Mais il y a bien une familiarité, une compréhension qui se crée
pour la vision américano-centrée du monde. Est-ce que la perception de
l'attaque de Saddam Hussein aurait été identique si CNN ne l'avait pas
constamment présentée comme une agression ? Dans les chancelleries et les
universités, les services de documentation travaillent souvent avec des sources
américaines, et l'accès à l'information le plus performant est fourni par des
banques de données telles que Lexis-Nexis ou encore des centrales d'information
comme l'Oxford Analytica Daily Brief (OADB), d'origine américaine, utilisée
dans de nombreuses chancelleries de par le monde. Sur Internet, pour trouver de
la documentation substantielle disponible en ligne, mieux vaut savoir parler
anglais. Un autre exemple intéressant est fourni par l'Observatoire Géopolitique
des Drogues (OGD) d'Alain Labrousse pour l'étude des trafics de narcotiques et
de son impact sur les relations internationales. Hormis cette source et
quelques données européennes, l'essentiel des informations dont on dispose est
américain, principalement d'origine gouvernementale.
3/
La domination des représentations, un facteur de puissance ?
La question est évidemment de
savoir si la diffusion d'une vision du monde propre à l'Amérique est
susceptible de renforcer la main de ce pays sur la scène internationale. Y
a-t-il, au bout des phénomènes que j'ai tenté d'évoquer, transformation en
puissance tangible ? C'est évidemment très difficile à évaluer.
Joseph Nye, dans son livre Bound to Lead[18], répond de
manière affirmative en proposant le concept de "soft power" : à
l'inverse du "hard power" qui désigne la puissance matérielle, celle,
militaire et économique, de la contrainte, le "soft power" repose sur
des ressources intangibles : l'acceptation de normes, de concepts,
d'institutions internationales par les autres, qui leur fait accepter votre
volonté par acquiescement, voire par attirance, plutôt que par la
contrainte ; ces autres pays définissent leur intérêt national et leurs
objectifs, voire leurs valeurs, dans un cadre que vous avez fixé. Or, la
légitimité et l'acceptation d'un système international repose largement sur
l'acquiescement aux valeurs qui le sous-tendent ; une fois le cadre et ses
catégories acceptés, tout le reste est négociable et cette négociation
contribue à fortifier le système dans son ensemble... système dont vous êtes le
bénéficiaire ou qui du moins vous offre un contexte satisfaisant.
Autrement dit, plus que leur contenu, l'existence et
la nature de catégories d'origine américaine, l'acceptation de certaines
visions et de certaines valeurs américaines sont des
facteurs de puissance par leur capacité à influencer la vision du monde qu'ont
les différents pays. C'est sans doute par les controverses, les affrontements
sur ces catégories et ses valeurs, là où il y a crise et résistance, que l'on
peut saisir le mieux ce facteur de puissance, a contrario. Je propose
d'énumérer quelques exemples de ces chocs d'ethnocentrisme, de ces concepts au
contenu politique souvent adoptés par d'autres pays. Je précise une fois encore
que je m'intéresse moins au contenu des représentations américano-centriques
qu'aux catégories, aux approches qu'elle mettent en œuvre : c'est pourquoi
le vocabulaire doit faire l'objet d'une attention particulière. Savoir si la
Syrie est ou non un "rogue state" est moins intéressant que de savoir
si l'on accepte cette catégorie, et donc forcément - au moins dans une certaine
mesure - la condamnation et la politique qu'elle
appelle.
1/ le
concept de "communauté internationale", "international
community". Il appartient à un registre qui est spécifiquement celui
de l'histoire sociale américaine : "community" a un
contenu politique, elle sous-entend la familiarité, le consensus sur la manière
de résoudre les débats, la chaleur d'un groupe prêt à s'entraider… c'est-à-dire
tout sauf le système international. Elle est une projection de l'ethnocentrisme
américain, et possède aussi un contenu moral : elle est le pendant indispensable
du concept de "rogue state", le voyou mis au ban de la communauté par
un shérif énergique.
2/ le concept de
"governance", d'origine américaine, que nous avons également adopté
phonétiquement en français, et auquel on accole toujours le qualificatif
"bonne". La bonne gouvernance, c'est celle qui est transparente,
libérale, qui s'adapte aux exigences de l'économie de marché actuelle, qui
licencie les inutiles, réduit l'administration, etc.
3/ dans la même veine, on trouve le concept d'
"empowerment", d'ailleurs intraduisible en Français. Aux Etats-Unis,
sa signification a varié : il s'agissait au départ, pour les libéraux des
années 1960, de "donner des outils" aux communautés ethniques et
défavorisées pour s'en sortir ; puis, peu à peu, prenant un sens bien plus
conservateur, "empowerment" a
tendu à signifier "transférer la responsabilité (matérielle et
morale)" du sort de ces communautés à elles-mêmes. Or ce concept d'
"empowerment" a progressivement été utilisé dans le champ
international pour l'aide au développement, pour l'Afrique en particulier.
4/ le concept de
"coalition of the willing" désignant, par exemple pendant la guerre
du Golfe, aussi bien de vrais volontaires, comme la Grande-Bretagne, que des
partenaires qui ne participaient pas comme la Russie, que des pays très
réticents, parmi les nations arabes en particulier, tout cela avec une image
tout droit sortie du Far-West : le shérif guidant les volontaires de la
petite "community" pour s'auto-défendre contre le voyou. Avec
l'idée, d'ailleurs, que le shérif peut être seul contre toute la communauté et
avoir toujours raison.
5/ Autre type
d'illustration : les critères concernant les droits de l'homme. Les
républicains au Sénat ont été furieux de voir qu'on pouvait appliquer aux Etats-Unis
d'autres critères que les leurs, par exemple en matière de détention des
prisonniers et bien sûr de peine de mort, notamment l'exécution des mineurs et
des handicapés ; les réactions violentes de Jesse Helms à l'annonce d'une
enquête d'Amnesty International est éclairante sur ce point.
6/ Les critères
économiques sont un exemple particulièrement intéressant de projection de
l'ethnocentrisme. Lancé en 1949, le concept de "sous-développement"[19]
permet de poser le modèle américain et occidental de développement industriel
comme universel, idée théorisée en 1960 par Walt Rostow dans les étapes du
décollage économique - encore une simplification rationalisante pragmatique et
très séduisante. Selon cette conception, les Etats sous-développés doivent donc
suivre la voie occidentale, libéraliser leurs échanges et favoriser
l'investissement privé et les exportations. Cette influence américaine
s'observe aussi en Europe pendant l'après-guerre, par la mise en place
d'appareils statistiques importés des Etats-Unis, et qui orientent les
politiques des gouvernements (fiscalité, planification, soutien aux
investissements…) vers une économie de type américain[20].
7/ Un exemple connexe
est celui du fameux "consensus de Washington", dont le nom seul
illustre la centralité de la capitale américaine : le consensus de
Washington, c'est un consensus universel, ou du moins qui s'affiche comme tel.
C'est en fait le nom donné à un ensemble de prescriptions pour vaincre le
sous-développement, dix principes d'action libéraux marqués notamment par
l'orthodoxie budgétaire et financière, proposés par l'économiste John
Williamson en 1989 – mais dont les avatars lui ont échappé – et qui sont
devenues une sorte de table de la loi en matière de remèdes à appliquer aux
pays en voie de développement.[21]
L'observation pointilleuse de ces principes a été réclamée par les institutions
de prêt aux pays pauvres suite à la crise de la dette des années 1980, sur le
mode de la conditionnalité : importance de maîtriser la masse monétaire et
le budget pour éviter l'inflation, importance de s'insérer dans le marché
mondial, etc. Directement inspirés des principes monétaristes développés dans
les années 1970 aux Etats-Unis et appliqués avec rigidité à l'extérieur, ces
principes, présentés à plusieurs reprises par Washington comme la clef du
développement, ont été remis en cause et progressivement modifiés au gré des
crises financières successives des années 1990, à commencer par celle du
Mexique, présenté pourtant comme exemple d'une réussite de sortie du
sous-développement, en 1994. Dans les cinq années qui ont suivi, dix pays de
taille moyenne ont rencontré des crises majeures.
8/ L'idée d'empire
bienveillant, "benevolent empire", ou de puissance bénigne,
"benign power"[22] :
pour la première fois, le monde vivrait sous l'influence d'un bon géant ;
que se passerait-il si la première puissance mondiale était la Russie ou la
France ? Le problème, c'est qu'on ne pose pas la question aux Russes, au
peuple irakien, aux Iraniens, aux Malaisiens, aux Guatemaltèques, etc. Ce qui
est intéressant, c'est que ce concept est repris tel quel par d'autres,
notamment par de nombreux chercheurs européens.
9/
A contrario, il est intéressant d'observer l'émergence du concept de
multipolarité comme figure récurrente du discours français, mais aussi russe,
chinois et indien (ces derniers préférant le "polycentrisme") sur
l'ordre mondial, comme "arme" intellectuelle contre l'hégémonie
américaine. Tout aussi instructives sont ses difficultés à s'imposer, à
proposer une vraie vision alternative du monde.
10/ De même, dans le domaine de la prolifération
balistique, l'un des enjeux du débat sur les systèmes de protection antimissile
du territoire (NMD) est bien la capacité de l'Europe à prendre ses distances
vis-à-vis de la vision ethnocentrique américaine, marquée par une menace
souvent exagérée et un imaginaire de l'invulnérabilité, et de disposer non
seulement de moyens matériels d'appréciation autonome (qui ne sont pas toujours
disponibles, notamment pour la Corée du Nord), mais aussi de catégories
d'analyse, de termes du débat qui ne
soient pas directement importé des Etats-Unis.
11/ On pourrait développer bien d'autres exemples,
mais pour conclure, il est plus amusant de mentionner le cas – que l'on peut
bien sûr largement contester – des manières et de la politesse
diplomatiques ; dans les sphères de rencontre et de décision
internationales, la culture westphalienne a largement cédé le pas à des formes
et un langage américains, plus pragmatiques et directs ; c'est en quelque
sorte la revanche de Wilson sur le mépris des diplomates européens en 1918 –
1919.
Conclusion : de la description à l'impuissance
Si l'Amérique possède un très grand
pouvoir de production de représentations, et si ces représentations
ethnocentriques s'exportent et peuvent devenir un facteur de puissance, elle
offre dans le même temps une vraie pluralité d'opinions ; et le travail
sur les catégories d'analyse y est bienvenu, ce qui paraît précisément, aux
termes de cette réflexion, l'une des voies privilégiées de compréhension et de
contestation de certaines tendances hégémoniques américaines. Reste à savoir,
bien sûr, si ces catégories sont de celles que l'on manipule et que l'on peut
faire évoluer par simple visée politique, ou si elles ne sont finalement que
les piliers enfouis et largement invisibles d'une hégémonie qui ne s'offre à la
vue et au toucher qu'en surface, bref, si elles ne sont pas que la résultante
d'une situation historique qui dépasse, de loin, tout volontarisme politique.
Je souhaiterais finir cette
exploration de la diffusion des conceptions ethnocentriques américaines en
citant un livre récent de Farhad Khosrokhavar et Olivier Roy sur l'Iran, qui me
semble faire écho, au moins sur le plan intellectuel et politique, à ces
problèmes de perception du monde et de domination sur les catégories qui
permettent de le représenter.
"La critique tiers-mondiste
de l'Occident dénonce son pseudo-universalisme qui masquerait une volonté
d'hégémonie. L'imposition de valeurs proprement occidentales viserait en fait à
assurer de manière plus pacifique cette hégémonie (féminisme, droits de
l'homme, démocratie, etc.). Cette critique existe aussi bien dans une version
marxiste (l'aliénation) qu'islamiste (l'agression culturelle). L'orientalisme
(voire l'islamologie) était ainsi perçu comme une construction intellectuelle
et méthodologique visant à réduire l' "Orient" à une société
réifiée, immuable et dépendante. Comment alors inverser le regard ? Se
déprendre d'un Occident qui offre lui-même les instruments conceptuels avec
lesquels on peut le critiquer, maintenant donc cette critique dans son
orbite ?
Certains intellectuels [...] veulent
inverser le regard ou, du moins, constituer une connaissance de l'Occident par
l'Orient, ce regard ayant une double dimension : la première, en tant que
connaissance authentique de l'Occident par une analyse sans complaisance de la
part de ceux qui ont pâti du parti-pris occidental de les dominer jadis ;
la seconde, en tant que procédure cathartique par laquelle les intellectuels
orientaux pourraient s'affranchir de la fascination de cet Occident qui s'est
niché non seulement dans les relations factuelles (économiques, politiques,
culturelles) entre les sociétés, mais aussi dans leur propre imaginaire. Ce
savoir qu'il faut tenter de constituer, on l'appelle "occidentologie"
en Iran." [23]
[1] Serge Berstein (dir.), Les cultures politiques en France, Seuil, 1999. Le "style national" qu'évoque Stanley Hoffmann (cf. infra) est assez proche de la culture politique telle que redéfinie récemment par l'école d'histoire politique française ; reste à savoir – ce point est débattu – si l'on peut parler d'une culture politique nationale, puisque l'ouvrage collectif mentionné ici s'intéresse aux "sub-cultures" politiques nationales.
[2] François Hartog, Le miroir d'Hérodote - Essai sur la représentation de l'autre, NRF, 1988. "Les Egyptiens ont un climat très particulier, un fleuve dont le régime ne ressemble à aucun autre ; ils ont aussi, en général, des coutumes et des lois contraires à celles du reste du monde. Chez eux les femmes vont au marché et font le commerce, les hommes gardent la maison et tissent. Partout l'on tisse en menant la trame de bas en haut : les Egyptiens la mènent de haut en bas. Les hommes portent les fardeaux sur leur tête, les femmes sur leurs épaules. Pour uriner les femmes restent debout, les hommes s'accroupissent. [...]" (II, 35)
[3] Michael Lind, "Civil War by Other Means", Foreign Affairs, vol. 78 n°5, septembre - octobre 1999
[4] Gilbert Achcar, "Le monde selon Washington", in H. Lelièvre, dir., Les Etats-Unis maîtres du monde ?, 1999
[5] Stanley Hoffmann, Gulliver empêtré, essai sur la politique étrangère des Etats-Unis, Seuil, 1971 (parution américaine 1968), page 143.
[6] S. Hoffmann, op. cit., page 160
[7] Alfredo GA Valladao, Le XXIe siècle sera américain, La Découverte, Paris, 1993
[8] Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Gallimard, 1986 (1835), vol II, 1ère partie, chapitre 1
[9] NB : cinq mois après le colloque, les "rogue states" sont devenus, suite aux critiques adressées à ce concept et au Sommet des deux Corée, des "states of concern", des Etats préoccupants.
[10] Robert Chase, Emily Hill, Paul Kennedy, ed., The Pivotal States. A New Framework for US Policy in the Developing World, Norton, New York, 1999
[11] Pierre Hassner, "L'Amérique et le monde - théorie et pratique", Etudes, octobre 1998.
[12] Intervention à la French-American Foundation, 4 mai 1999
[13] Gilbert Achcar, op.cit. ; l'image de la roue et des rayons appartient à la tradition des relations internationales, voir par exemple Josef Joffe, " 'Bismarck' or 'Britain' ? Toward an American Grand Strategy after Bipolarity", International Security, printemps 1995 ou Charles Kupchan, "After Pax Americana", International Security, automne 1998.
[14] A moins que le mot "Chine" ne vienne de la dynastie Quin (221 à 207 av. n. è)
[15] Susan STRANGE, States and Markets, deuxième édition, St Martin Press, New York, 1994
[16] NB : y compris Vicente Fox, élu cinq mois après le colloque.
[17] C. Jaffrelot, Dr. Ambedkar : leader intouchable et père de la Constitution indienne, Presses de Sciences Po, Paris, 2000
[18] Joseph S. Nye Jr., Bound to Lead, The Changing Nature of American Power, New York, Basic Books, 1990
[19] Bernard Kapp, "L'invention du sous-développement", Le Monde, 30 novembre 1999
[20] Till Geiger, "Pattern of Analysis or Model of Growth ? American Influence in Setting Up European Statistics on Economic Growth After World War II", communication présentée au Colloque de Forli à Bertinoro, 1998
[21] Moises Naim, "Washington Consensus or Washington Confusion ?", Foreign Policy, printemps 2000
[22] Cf. Robert Kagan, “ The benevolent empire ”, et Charles William Maynes, “ The perils of (and for) an imperial America ”, Foreign Policy, été 1998
[23] Farhad Khosrokhavar, Olivier Roy, Iran : Comment sortir d'une révolution religieuse ?, Seuil, Paris, 1999