"La projection d'un ethnocentrisme, facteur de puissance ?", in Pierre Melandri, Serge Ricard (ed.), Ethnocentrisme et diplomatie : l'Amérique et le monde au XXe siècle, L'Harmattan, Paris, 2001.

 

 

La projection d'un ethnocentrisme : facteur de puissance ?

 

 

 

Mon propos concerne les pratiques diplomatiques actuelles des Etats-Unis : c'est sous cet angle que je souhaiterais explorer à mon tour la question de l'ethnocentrisme, en commençant par quelques remarques de synthèse sur le "style national" de politique étrangère, la "culture politique américaine", puis en essayant d'explorer les rapports entre ethnocentrisme et puissance.

Il y a en effet une question très paradoxale qu'il me semble intéressant de poser, même si je suis loin de pouvoir y répondre : dans quelle mesure l'ethnocentrisme américain a-t-il pu s'imposer à d'autres pays, et tenir lieu, pour eux, de représentation valide du monde ? Est-ce que le stade ultime de ce concept intraduisible de "leadership", que nous, Français, traduirions volontiers par "domination", ce n'est pas d'obtenir des autres qu'ils partagent votre vision du monde, même si elle est liée à votre histoire, votre culture, et non à la leur ?

 

Avant de m'intéresser à cette question, je souhaiterais faire le point sur la définition de l'ethnocentrisme d'après les travaux qui ont été présentés, pour préciser mes propres attendus. Au fond, dans le domaine de la politique étrangère, l'ethnocentrisme recouvre trois phénomènes.

 

            - Un sentiment de supériorité qui peut parfois dégénérer en arrogance, condescendance, mépris ou racisme ; c'était ce que démontrait, pour une large part, l'exposé de M. Offner hier, ou celui d'A. Deysine ; ce sentiment de supériorité est sans nul doute accru par la position de première puissance mondiale des Etats-Unis au xxe siècle, et par la force de certains mythes comme celui de l'exceptionnalisme ou de la destinée manifeste.

 

            - Des catégories, des références et des critères pour comprendre et juger le monde, catégories et critères directement issus de l'expérience, de la culture politique nationale[1], et qui bien souvent brouillent la vue des décideurs parce qu'il sont inaptes à représenter des réalités étrangères. C'est ce second sens possible d'ethnocentrisme que j'utiliserai principalement dans ma réflexion.

C'est au fond le problème de la représentation de l'autre qui est posé, problème qui est celui, par exemple, des récits de voyage, et auquel François Hartog a consacré un très beau livre : Le miroir d'Hérodote, où il montre les difficultés du père de l'histoire à expliquer l'autre par le même, c'est-à-dire le Barbare au Grec. Avec quel concept, avec quelle catégorie expliquer les crues du Nil, quand rien de semblable n'existe en Grèce ? Avec quelle référence connue, avec quel repère familier expliquer le nomadisme des Scythes, leur religion ou leur structure politique, puisqu'il leur manque les élément de base de toute vie sociale normale : le foyer, la cité, le champ labouré ?[2]

 

- Un contenu variable selon les époques et les milieux considérés, et qu'on peut résumer sous la formule "le monde vu de Washington" ou "le monde vu du Sud des Etats-Unis", ou de la façade Pacifique, ou de la Navy, ou du Département à l'Agriculture, ou encore des multinationales américaines… Ces contenus sont assurément divers ; il y a bien "des" visions ethnocentriques américaines, même s'il est possible de trouver un point moyen, ou plutôt une vision dominante. Je pense notamment à un récent article de Michael Lind dans Foreign Affairs qui rappelle les antagonismes sectionnels de politique étrangère, notamment entre le Sud et le Nord-Est : cette diversité de contenus, selon Lind, reflète à son tour des différences de culture politique à l'intérieur des Etats-Unis.[3]

            Précisément, en termes de contenu, il existe une étude de Gilbert Achcar, de l'Université de Paris VIII, intitulée "Le monde selon Washington". Le contenu de cette représentation américaine du monde n'est à mon avis qu'en partie convaincant, dans la mesure où la carte ainsi tracée reflète simplement les intérêts matériels géostratégiques (économiques et politiques) de la superpuissance, que l'auteur résume finalement ainsi :

 

"En dernière analyse, le monde selon Washington ressemble beaucoup à ces mappemondes où les tailles des pays sont proportionnelles à leurs PIB."[4]

 

Or, dans le domaine des représentations du monde, la carte américaine est beaucoup plus riche que cela et s'agrémente de préjugés, d'angoisses, de distorsions culturelles, et de catégories qui n'existent qu'aux Etats-Unis ; bref, d'ethnocentrisme, comme l'ont montré les communications précédentes.

 

Justement, de ce côté-là, la littérature existante est plus généreuse, puisqu'elle nous offre une remarquable étude : celle de Stanley Hoffmann, Gulliver empêtré, en 1968, étude de ce qu'il appelle le "style national" américain en politique étrangère - c'est-à-dire, finalement, ses traits ethnocentriques. Cette étude conserve, jusqu'en l'an 2000, une étonnante capacité explicative et même prédictive pour la politique étrangère actuelle. Voilà comment Stanley Hoffmann définit sa vision des choses :

 

            "Les Américains n'ont cessé de projeter dans leur politique étrangère ces trois facettes de leur expérience : sa composante historique (les leçons tirées de la situation unique de leur pays et les habitudes mentales qui en découlent) ; le mode de pensée américain, la façon de saisir le monde mentalement afin de le juger et de le réformer (une sorte de rationalisation de l'expérience américaine) ; et le mode d'action, la façon de percevoir le monde instrumentalement, c'est-à-dire les outils qui ont façonné le succès de l'expérience américaine."[5]

 

Hoffmann s'intéresse surtout à la vision américaine de l'Europe, et il tente de mettre à jour les différentes strates qui conditionnent cette vision. L'exceptionnalisme est la première d'entre elles ("la contribution la plus grande que l'Amérique puisse apporter au monde, c'est sa propre histoire et son progrès"), qui amène un jeu de bascule entre isolationnisme – protection d'un modèle exceptionnel – et impérialisme, c'est-à-dire projection, diffusion de ce modèle. Les deux autres strates sont le mépris conçu pour l'Europe au cours des années 1930, au temps des dictatures hideuses et des démocraties anémiques, et la foi des "pères fondateurs du monde américain" de 1945 – 1949, qui ont façonné l'Europe à l'américaine : l'Europe était un chantier à rebâtir selon les normes américaines pour l'empêcher de retomber dans ses erreurs.

 

            "On est passé de l'isolement à la direction du monde, le point commun à ces deux extrêmes étant le désir d'éviter de se laisser contaminer par des troubles étrangers malsains."

 

            Ces diverses couches ont laissé un "héritage d'intolérance" vis-à-vis de l'Europe : intolérance vis-à-vis des complications de cette histoire (large ignorance ou simplification, notamment du jeu des forces sociales et de la politique) et intolérance vis-à-vis des formules politiques européennes, c'est-à-dire essentiellement l'équilibre des puissances – Kissinger n'est-il pas rejeté comme amoral et anti-américain, au moins par son inspiration politique ? – et le nationalisme belliqueux et colonialiste. L'impérialisme américain est dans le même temps absous de ses péchés, car il est jugé temporaire, forcé, bénin, ou bien supérieur de par ses idéaux élevés : on a là une dualité (double standard) qui caractérise souvent la vision américaine du monde et plus généralement les visions ethnocentriques, et sur laquelle je reviendrai.

            Tout ceci culmine dans l'idée fortement suggérée au cours des années 1940 et 1950 aux Européens devant leurs échecs : suivre la seule voie possible, la voie fédérale à l'américaine.

           

            "Les Européens, conclut Hoffmann, ont l'habitude des hauts et des bas, des tours et des détours, de la chance et de la malchance. Ils sont donc sceptiques quant à la possibilité d'appliquer avec succès, à l'étranger ou même chez eux, des recettes qui ont autrefois fait leurs preuves dans des circonstances particulières. Ils ne sont pas assez persuadés de la réussite de leur propre histoire pour vouloir en étendre les leçons à l'univers. Mais les Américains, dont l'histoire est le récit d'une réussite, sont portés à croire que les valeurs qu'ils ont tirées de leur propre expérience ont une application universelle. Ils refusent d'admettre que ces valeurs sont liées aux conditions particulières qui ont rendu possible le succès américain."[6]

 

Finalement, on a donc une double attitude ethnocentrique par rapport à l'histoire : simplification et idéalisation de l'expérience américaine d'un côté, évacuation du poids du passé et des déterminismes et résistances de long terme dans les sociétés étrangères de l'autre. Une version récente de cette distorsion est observable dans le livre très intéressant d'Alfredo Valladao – qui est d'origine brésilienne – en 1993[7] : l'auteur y présente l'image d'une "Amérique - monde" ayant résolu les problèmes de coexistence des religions et des groupes d'origines ethniques diverses ; l'Amérique, c'est déjà le monde, sa société est une image de tous les peuples de la terre, et son "savoir-faire multicuturel" (institutionnel, politique et social) est un modèle exportable dont le monde doit s'inspirer pour résoudre ses problèmes ethniques et religieux ; le cinéma, la télévision et la World Music expriment déjà cette "réalité". Tout le problème évidemment est de faire le partage, dans les intuitions d'A. Valladao, entre ce qui relève d'évolutions historiques objectives et de ce qui relève d'une vision ethnocentrique acquise par l'auteur.

Ceci posé, quels sont, pour Stanley Hoffmann, les "principes [ethnocentriques] de l'Amérique" ? On peut en isoler huit.

            1/ Le principe de l'autodétermination du peuple, en raison d'un optimisme foncier qui suppose que le choix populaire ne saurait jamais, dans des conditions normales, être le communisme.

            2/ Le principe du refus des changements par la force, qu'Hoffmann appelle "l'axiome de l'évolution pacifique".

            3/ Le principe du lien entre développement économique et régime politique, supposé être de plus en plus démocratique à mesure que l'économie progresse ; avec ce corollaire : toute action qui s'exerce dans le secteur économique aura un effet sur les autres secteurs de la société. C'est une sorte de marxisme élémentaire, simplifié et inversé, qui en vient à nier les dimensions culturelles voire affectives de l'expérience politique, comme le nationalisme ou le désir d'indépendance.

            4/ Le fantasme du consensus : les gens sont faits pour s'entendre ; c'est "l'illusion de la procédure", la foi en la main invisible du marché des idées. Entre gens de bonne volonté, on est d'accord sur la nécessité d'être d'accord et sur les moyens de négocier les différends ; or, en relations internationales, on ne diffère pas que sur les moyens, mais aussi sur les principes et donc sur les conditions mêmes de résolution des différends.

5/ Pour cette raison, le monde est un monde en noir et blanc : "si l'harmonie est la norme, les obstacles à la félicité sont sûrement dus à un méchant. Cette tendance est renforcée par le fait que l'Amérique aborde les relations internationales comme s'il s'agissait d'une extension des rapports interpersonnels", écrit Hoffmann. D'où l'importante charge affective qui marque les relations avec Israël, la Chine ou la France par exemple.

            6/ Un principe très important : celui de la simplification rationalisante.

 

            "Le grand défaut de l'Amérique, ce n'est ni le moralisme, ni l'idéalisme, ni le légalisme [...]. C'est ce que j'appellerais le formulisme ou le formalisme : formulisme parce que des réalités extrêmement complexes sont réduites à la simplicité bénie d'un slogan sacré ; formalisme parce que ces slogans révèlent une certaine méconnaissance des processus politiques, historiques et sociaux dont doit se préoccuper la politique étrangère."

 

7/ Des idées simples pour un monde compliqué : le raisonnement par analogie règne en maître, surtout en histoire ; ce phénomène est accentué par la prégnance de la culture juridique qui pousse à mesurer constamment le poids des précédents. Tocqueville n'écrivait-il pas : "L'Amérique est donc un des pays au monde où l'on étudie le moins et où l'on suit le mieux les préceptes de Descartes." ? [8] Cette tendance se lit dans la multiplication des grandes théories récentes : la fin de l'histoire, le choc des civilisations, etc.

 

8/ le principe du pragmatisme et de la pensée experte ; le goût pour le savoir-faire plus que pour le savoir-que-faire ; l'influence de l'économie dans la pensée et la science politique, de même que dans la stratégie ; bien souvent d'ailleurs – Hoffmann écrivait pendant la Guerre froide mais cela reste vrai – la pensée stratégique prend le pas sur le jugement politique.

 

            Finalement, c'est le dualisme qui résume utilement tous ces principes : l'aigle américain tient deux discours, celui la force et de la puissance d'une part ; et celui de la main tendue, de la construction et de l'échange d'autre part, suivant qu'on est du bon côté ou non. Et ce côté est celui du bon droit, la séparation étant chargée d'une connotation morale omniprésente. Cette sorte de schizophrénie représente, bien sûr, un risque permanent d'hypocrisie ; un diplomate rapporte ainsi son expérience au Département d'Etat : "Une onction sacrée, invisible au profane, fait la différence entre la défense des intérêts économiques américains et le mercantilisme des étrangers, entre les ventes d'armes de ceux-ci et l'exportation des matériels de défense américains."

           

            Voilà donc, trop brièvement résumées, quelques caractéristiques de l'ethnocentrisme américain en matière de politique étrangère pour Stanley Hoffmann.

 

            J'en viens maintenant au cœur de mon propos, à ma question initiale, au paradoxe qui ouvrait le champ des enjeux dans mon introduction : dans quelle mesure l'ethnocentrisme américain a-t-il pu s'exporter et s'imposer à d'autres pays, et tenir lieu, pour eux, de représentation valide du monde ? Je suggérerais trois piste pour répondre. D'abord, les Etats-Unis sont à l'origine d'une production très nourrie de représentations du monde, représentations marquées - à des degrés très divers - par l'ethnocentrisme. Cette tendance peut amener Washington à se méprendre sur le monde extérieur : c'est ce que certaines des communications précédentes, comme celle de Justine Faure ou celle de Laurent Césari, ont largement montré. Je considère pour ma part – c'est mon second point – un autre versant du problème, en aval : la diffusion , l' "exportation" pourrait-on dire, de ces représentations américano-centriques, dont on peut tenter de saisir quelques-uns des mécanismes. Et bien sûr, la question qui vient immédiatement après est la suivante : quelle est l'influence de ces représentations sur la conduite d'autres pays ; autrement dit, dans quelle mesure la domination sur le champ des représentations est-elle un facteur de puissance pour les Etats-Unis ? Après ce troisième point, la question subsidiaire serait bien sûr : dans quelle mesure est-il encore possible de la contester ?

 

1/ Les Etats-Unis, producteurs prolifiques de représentations du monde

 

            Cette production, par sa diversité et son volume, domine toutes les autres. Elle s'appuie sur une machine politique et administrative, une machine intellectuelle et universitaire, et une machine médiatique.

 

La machine politique dessine de manière ordonnée une certaine vision du monde sur laquelle repose l'action quotidienne des Etats-Unis : type de relations diplomatiques, conditionnalité de l'aide, étendue de la coopération, niveau des visites officielles, etc. Les critères utilisés et les catégories qui en résultent sont particulièrement apparents dans les classements qui ont proliféré au cours des dernières années, et dont on peut avoir une idée quand on visite le site Internet du Département d'Etat où figurent nombre de rapports commandés par le Congrès : le terrorisme, les libertés religieuses – dans un sens très américain –, la protection des technologies militaires américaines, la production et le trafic de drogue (pour le processus de certification…), les droits de l'homme – là encore, avec une vision très américaine –, la séparation pouvoir civil / pouvoir militaire, la prolifération balistique ou nucléaire, etc. : tous ces critères font l'objet d'une étude approfondie et permettent de dessiner une certaine carte du monde.

Ces pratiques de classement du monde, comment les expliquer ? Culturellement, elles remontent certainement au protestantisme, à l'importance des "élus" et du Jugement, de même qu'à un autre élément de la culture politique américaine : la réduction simplificatrice de la réalité extérieure qu'évoque S. Hoffmann. Le classement est d'ailleurs largement utilisé pour mobiliser l'opinion publique. Enfin, la culture juridique rend compte également de ces pratiques. Politiquement, elles ont partie liée avec l'ascension du Congrès depuis les années 1970, avec comme moment clef les premiers pas de la conditionnalité imposée aux autres pays par-dessus l'épaule de l'Exécutif, notamment l'amendement Jackson-Vanik.

            Ces pratiques de classement aboutissent à répartir les pays dans quelques grandes catégories, dessinant ainsi une limite entre le fréquentable et le non-fréquentable : les "failed states" et "rogue states"[9] en enfer ; les pays "en transition" au purgatoire ; les partenaires, alliés et amis au paradis. La traduction même de "rogue state" pose problème ; en effet, "bandit" ou "voyou" rendent mal la connotation de forte réprobation morale, et les diplomaties de nombreux pays étrangers – à commencer par celle de la France – ont refusé d'importer cette catégorie avec ce qu'elle véhicule de vision ethnocentrique américaine.

 

            La puissance de la machine intellectuelle et universitaire repose sur plusieurs facteurs, parmi lesquels

- le nombre d'universités, de centres spécialisés, de think tanks, bref de chercheurs ; l'ampleur du "marché" des lecteurs qui permet de nombreuses publications ;

- la forte demande d'une "pensée", qui n'est souvent qu'une expertise, en relations internationales, compte tenu des responsabilités globales de l'Amérique ;

- l'ancienneté et la force de l'école américaine des relations internationales ("une science sociale américaine") ; le goût pour les théories globalisantes "frappantes" telles que la fin de l'histoire et le choc des civilisations, qui sont facilement exportables et relèvent de la même tendance à la réduction simplificatrice et rationalisante ; etc. D'ailleurs on trouve également dans cette littérature de nombreux classements qui dessinent d'autres visions du monde : Etats pivots[10], civilisations, etc.

 

            La machine médiatique est sans nul doute la mieux connue : d'un côté les médias de masse (CNN bien sûr, même si la chaîne essaie de ne pas avoir une vision ethnocentrique du monde en diffusant des reportages étrangers, comme dans "CNN World Report"), de l'autre la presse spécialisée, universitaire ou "éclairée", sachant qu'une publication dans ces revues spécialisées américaines reste, dans beaucoup de pays, un atout pour une carrière dans de nombreuses disciplines, y compris la science politique. Au Département d'Etat, l'attention extraordinaire que l'on consacre aux contacts avec les médias, en particulier la presse écrite, atteste l'importance que l'on accorde aux représentations. Ces contacts représentent environ un quart de l'activité des rédacteurs du Département d'Etat. Le chef du Policy Planning Staff reconnaît lui-même passer la moitié de son temps à exposer la politique et la vision mondiale de l'administration aux journalistes.

 

2/ Diffusion et influence des représentations américano-centriques

 

            "Les idées dominantes d'une société, disait Marx, sont les idées de sa classe dominante. Elles sont les idées de sa domination." Remplaçons "classe" par puissance et "société" par monde ou système international, propose Pierre Hassner dans un article récent[11], et nous obtenons une image fidèle du rôle et de la place des Etats-Unis dans les représentations collectives liées soit à la géopolitique classique, soit au phénomène de la mondialisation."

 

Eric Fassin[12] évoque, pour sa part, une "illusion tocquevillienne" : l'influence de Tocqueville laisse penser que les Français projettent leurs catégories sur les Américains. En réalité, c'est largement le contraire, tout dominant tendant à produire des représentations dominantes, de lui-même et du monde qui l'entoure. La question est donc : comment la vision du monde originaire du pays qui se conçoit au centre du système international se diffuse-t-elle ? Mes réponses seraient : par la contrainte, par l'intérêt, par le jeu du nombre, enfin par l'accès à l'information.

 

            Par la contrainte, d'abord.  Je pense ici aux lois extra-territoriales, comme les lois Helms-Burton et D'Amato-Kennedy (1996), dont la signification pourrait être : "nos critères de jugement des nations sont objectifs, tout le monde doit les appliquer ; la condamnation morale et la sanction économique doivent frapper également les pays qui font la faute d'entretenir des relations commerciales avec les rogue states." Les pressions diplomatiques qui accompagnent certaines initiatives américaines vis-à-vis de pays tiers peuvent s'apparenter à cette catégorie de la contrainte. Mais bien sûr, le problème de ce mode de diffusion est le risque de contre-productivité qu'il recèle, ces méthodes brutales pouvant entraîner un rejet des visions qu'elles cherchent à imposer.

           

            L'intérêt vient ensuite. Beaucoup de pays adoptent une "carte du monde" américaine parce que c'est dans leur intérêt, parce qu'ils ont besoin de ménager leur relation bilatérale avec la superpuissance et que cela passe avant tout. Ces relations bilatérales renforcent l'impression de centralité que peuvent donner les Etats-Unis : Gilbert Achcar, dans son texte, évoque une roue et ses moyeux[13] ; on pense aussi à l'analogie avec la Chine. Peu de grandes civilisations ont échappé à l'autocentrisme ; en Chine, l'expression "pays du milieu" a servi de toponyme pour désigner l'empire : Zhongguo. Les peuples et les mers alentours voyaient fort logiquement leur nom dépendre de leur position vis-à-vis de ce centre qui dominait les peuples nomades ou envahisseurs et les acculturait tour à tour ; ainsi le Japon était le "pays d'où monte le soleil". Les Romains, quant eux, connaissaient une périphérie très lointaine, la plus lointaine en fait qui leur fût connue : le pays d'où vient la soie, "sericum" ou "sinae"[14]… c'est-à-dire cette même Chine qui pensait le monde organisé autour d'elle et faisait accepter cette représentation aux vassaux. Suivant le cercle concentrique dans lequel on était par rapport à ce centre, on était vu par l'Empire et par les autres comme plus ou moins "barbare" (ou plus ou moins "civilisé"). Le développement d'un réseau dense de relations bilatérales entre les Etats-Unis et tous les autres pays évoque une version nouvelle, une sorte de mise à jour de ce concept "d'empire du milieu", de cette tendance naturelle à l'autocentrisme.

 

            Dans ces relations bilatérales, le jeu du nombre compte également pour expliquer la diffusion d'une vision américano-centrée du monde. Dans le domaine universitaire, en sciences économiques notamment, Susan Strange a évoqué l'importance du knowledge power[15] qui fait que les termes d'analyse, les enjeux et les paradigmes du débat scientifique, de l'économie du développement par exemple, sont largement fixés aux Etats-Unis, dans les universités et les centres de recherche, et sont ensuite directement utilisés par les institutions internationales. Le nombre de leaders passés par les universités américaines est tout à fait surprenant, notamment en Amérique du Sud où les Etats-Unis apparaissent de plus en plus comme le référentiel naturel des élites : parmi la multitude des liens non officiels que les Etats-Unis entretiennent avec ces pays, il y a l'éducation, notamment le réseau des alumni, les anciens élèves des universités. Les quatre derniers présidents du Mexique[16] ont tous fait leurs études dans une grande université américaine ; l'équipe qui a négocié l'ALENA autour du président Salinas était entièrement composée d'anciens de Yale, Harvard, ou autres. Selon les pays, les Etats-Unis attirent 50 à 70% de l'effectif global des étudiants d'Amérique latine qui font leurs études à l'étranger. En Asie, on trouve une situation comparable, de Sun Yat Sen à Lee Teng-hui, en passant par la plupart des présidents philippins, des officiers supérieurs indonésiens, des ministres singapouriens, des élites coréennes, et même le père de la constitution indienne, le Dr. Ambedkar.[17] Bien sûr il y a une fossé entre faire ses études aux Etats-Unis et adopter un point de vue américain. Pourtant, ce qui est transmis lors des études universitaires est moins affaire de contenu que de réflexes, d'approches intellectuelles, de catégories de jugement, c'est-à-dire précisément ce qui constitue l'ethnocentrisme (dans sa seconde définition).

 

            L'accès à l'information apparaît enfin déterminant dans cette diffusion d'une certaine vision du monde. Le rôle des grandes agences de presse et des médias américains a déjà été évoqué : là encore, il ne s'agit pas de dire que regarder CNN amène à adopter un point de vue américain. Mais il y a bien une familiarité, une compréhension qui se crée pour la vision américano-centrée du monde. Est-ce que la perception de l'attaque de Saddam Hussein aurait été identique si CNN ne l'avait pas constamment présentée comme une agression ? Dans les chancelleries et les universités, les services de documentation travaillent souvent avec des sources américaines, et l'accès à l'information le plus performant est fourni par des banques de données telles que Lexis-Nexis ou encore des centrales d'information comme l'Oxford Analytica Daily Brief (OADB), d'origine américaine, utilisée dans de nombreuses chancelleries de par le monde. Sur Internet, pour trouver de la documentation substantielle disponible en ligne, mieux vaut savoir parler anglais. Un autre exemple intéressant est fourni par l'Observatoire Géopolitique des Drogues (OGD) d'Alain Labrousse pour l'étude des trafics de narcotiques et de son impact sur les relations internationales. Hormis cette source et quelques données européennes, l'essentiel des informations dont on dispose est américain, principalement d'origine gouvernementale.

 

3/ La domination des représentations, un facteur de puissance ?

           

            La question est évidemment de savoir si la diffusion d'une vision du monde propre à l'Amérique est susceptible de renforcer la main de ce pays sur la scène internationale. Y a-t-il, au bout des phénomènes que j'ai tenté d'évoquer, transformation en puissance tangible ? C'est évidemment très difficile à évaluer.          

Joseph Nye, dans son livre Bound to Lead[18], répond de manière affirmative en proposant le concept de "soft power" : à l'inverse du "hard power" qui désigne la puissance matérielle, celle, militaire et économique, de la contrainte, le "soft power" repose sur des ressources intangibles : l'acceptation de normes, de concepts, d'institutions internationales par les autres, qui leur fait accepter votre volonté par acquiescement, voire par attirance, plutôt que par la contrainte ; ces autres pays définissent leur intérêt national et leurs objectifs, voire leurs valeurs, dans un cadre que vous avez fixé. Or, la légitimité et l'acceptation d'un système international repose largement sur l'acquiescement aux valeurs qui le sous-tendent ; une fois le cadre et ses catégories acceptés, tout le reste est négociable et cette négociation contribue à fortifier le système dans son ensemble... système dont vous êtes le bénéficiaire ou qui du moins vous offre un contexte satisfaisant.

Autrement dit, plus que leur contenu, l'existence et la nature de catégories d'origine américaine, l'acceptation de certaines visions et de certaines valeurs américaines sont des facteurs de puissance par leur capacité à influencer la vision du monde qu'ont les différents pays. C'est sans doute par les controverses, les affrontements sur ces catégories et ses valeurs, là où il y a crise et résistance, que l'on peut saisir le mieux ce facteur de puissance, a contrario. Je propose d'énumérer quelques exemples de ces chocs d'ethnocentrisme, de ces concepts au contenu politique souvent adoptés par d'autres pays. Je précise une fois encore que je m'intéresse moins au contenu des représentations américano-centriques qu'aux catégories, aux approches qu'elle mettent en œuvre : c'est pourquoi le vocabulaire doit faire l'objet d'une attention particulière. Savoir si la Syrie est ou non un "rogue state" est moins intéressant que de savoir si l'on accepte cette catégorie, et donc forcément - au moins dans une certaine mesure - la condamnation et la politique qu'elle appelle.

 

            1/ le concept de "communauté internationale", "international community". Il appartient à un registre qui est spécifiquement celui de l'histoire sociale américaine : "community" a un contenu politique, elle sous-entend la familiarité, le consensus sur la manière de résoudre les débats, la chaleur d'un groupe prêt à s'entraider… c'est-à-dire tout sauf le système international. Elle est une projection de l'ethnocentrisme américain, et possède aussi un contenu moral : elle est le pendant indispensable du concept de "rogue state", le voyou mis au ban de la communauté par un shérif énergique.

                        2/ le concept de "governance", d'origine américaine, que nous avons également adopté phonétiquement en français, et auquel on accole toujours le qualificatif "bonne". La bonne gouvernance, c'est celle qui est transparente, libérale, qui s'adapte aux exigences de l'économie de marché actuelle, qui licencie les inutiles, réduit l'administration, etc.

3/ dans la même veine, on trouve le concept d' "empowerment", d'ailleurs intraduisible en Français. Aux Etats-Unis, sa signification a varié : il s'agissait au départ, pour les libéraux des années 1960, de "donner des outils" aux communautés ethniques et défavorisées pour s'en sortir ; puis, peu à peu, prenant un sens bien plus conservateur,  "empowerment" a tendu à signifier "transférer la responsabilité (matérielle et morale)" du sort de ces communautés à elles-mêmes. Or ce concept d' "empowerment" a progressivement été utilisé dans le champ international pour l'aide au développement, pour l'Afrique en particulier.

                        4/ le concept de "coalition of the willing" désignant, par exemple pendant la guerre du Golfe, aussi bien de vrais volontaires, comme la Grande-Bretagne, que des partenaires qui ne participaient pas comme la Russie, que des pays très réticents, parmi les nations arabes en particulier, tout cela avec une image tout droit sortie du Far-West : le shérif guidant les volontaires de la petite "community" pour s'auto-défendre contre le voyou. Avec l'idée, d'ailleurs, que le shérif peut être seul contre toute la communauté et avoir toujours raison.

                        5/ Autre type d'illustration : les critères concernant les droits de l'homme. Les républicains au Sénat ont été furieux de voir qu'on pouvait appliquer aux Etats-Unis d'autres critères que les leurs, par exemple en matière de détention des prisonniers et bien sûr de peine de mort, notamment l'exécution des mineurs et des handicapés ; les réactions violentes de Jesse Helms à l'annonce d'une enquête d'Amnesty International est éclairante sur ce point.

                        6/ Les critères économiques sont un exemple particulièrement intéressant de projection de l'ethnocentrisme. Lancé en 1949, le concept de "sous-développement"[19] permet de poser le modèle américain et occidental de développement industriel comme universel, idée théorisée en 1960 par Walt Rostow dans les étapes du décollage économique - encore une simplification rationalisante pragmatique et très séduisante. Selon cette conception, les Etats sous-développés doivent donc suivre la voie occidentale, libéraliser leurs échanges et favoriser l'investissement privé et les exportations. Cette influence américaine s'observe aussi en Europe pendant l'après-guerre, par la mise en place d'appareils statistiques importés des Etats-Unis, et qui orientent les politiques des gouvernements (fiscalité, planification, soutien aux investissements…) vers une économie de type américain[20].

                        7/ Un exemple connexe est celui du fameux "consensus de Washington", dont le nom seul illustre la centralité de la capitale américaine : le consensus de Washington, c'est un consensus universel, ou du moins qui s'affiche comme tel. C'est en fait le nom donné à un ensemble de prescriptions pour vaincre le sous-développement, dix principes d'action libéraux marqués notamment par l'orthodoxie budgétaire et financière, proposés par l'économiste John Williamson en 1989 – mais dont les avatars lui ont échappé – et qui sont devenues une sorte de table de la loi en matière de remèdes à appliquer aux pays en voie de développement.[21] L'observation pointilleuse de ces principes a été réclamée par les institutions de prêt aux pays pauvres suite à la crise de la dette des années 1980, sur le mode de la conditionnalité : importance de maîtriser la masse monétaire et le budget pour éviter l'inflation, importance de s'insérer dans le marché mondial, etc. Directement inspirés des principes monétaristes développés dans les années 1970 aux Etats-Unis et appliqués avec rigidité à l'extérieur, ces principes, présentés à plusieurs reprises par Washington comme la clef du développement, ont été remis en cause et progressivement modifiés au gré des crises financières successives des années 1990, à commencer par celle du Mexique, présenté pourtant comme exemple d'une réussite de sortie du sous-développement, en 1994. Dans les cinq années qui ont suivi, dix pays de taille moyenne ont rencontré des crises majeures.

                        8/ L'idée d'empire bienveillant, "benevolent empire", ou de puissance bénigne, "benign power"[22] : pour la première fois, le monde vivrait sous l'influence d'un bon géant ; que se passerait-il si la première puissance mondiale était la Russie ou la France ? Le problème, c'est qu'on ne pose pas la question aux Russes, au peuple irakien, aux Iraniens, aux Malaisiens, aux Guatemaltèques, etc. Ce qui est intéressant, c'est que ce concept est repris tel quel par d'autres, notamment par de nombreux chercheurs européens.

            9/ A contrario, il est intéressant d'observer l'émergence du concept de multipolarité comme figure récurrente du discours français, mais aussi russe, chinois et indien (ces derniers préférant le "polycentrisme") sur l'ordre mondial, comme "arme" intellectuelle contre l'hégémonie américaine. Tout aussi instructives sont ses difficultés à s'imposer, à proposer une vraie vision alternative du monde.

10/ De même, dans le domaine de la prolifération balistique, l'un des enjeux du débat sur les systèmes de protection antimissile du territoire (NMD) est bien la capacité de l'Europe à prendre ses distances vis-à-vis de la vision ethnocentrique américaine, marquée par une menace souvent exagérée et un imaginaire de l'invulnérabilité, et de disposer non seulement de moyens matériels d'appréciation autonome (qui ne sont pas toujours disponibles, notamment pour la Corée du Nord), mais aussi de catégories d'analyse, de termes du débat  qui ne soient pas directement importé des Etats-Unis.

11/ On pourrait développer bien d'autres exemples, mais pour conclure, il est plus amusant de mentionner le cas – que l'on peut bien sûr largement contester – des manières et de la politesse diplomatiques ; dans les sphères de rencontre et de décision internationales, la culture westphalienne a largement cédé le pas à des formes et un langage américains, plus pragmatiques et directs ; c'est en quelque sorte la revanche de Wilson sur le mépris des diplomates européens en 1918 – 1919.

 

Conclusion : de la description à l'impuissance

 

            Si l'Amérique possède un très grand pouvoir de production de représentations, et si ces représentations ethnocentriques s'exportent et peuvent devenir un facteur de puissance, elle offre dans le même temps une vraie pluralité d'opinions ; et le travail sur les catégories d'analyse y est bienvenu, ce qui paraît précisément, aux termes de cette réflexion, l'une des voies privilégiées de compréhension et de contestation de certaines tendances hégémoniques américaines. Reste à savoir, bien sûr, si ces catégories sont de celles que l'on manipule et que l'on peut faire évoluer par simple visée politique, ou si elles ne sont finalement que les piliers enfouis et largement invisibles d'une hégémonie qui ne s'offre à la vue et au toucher qu'en surface, bref, si elles ne sont pas que la résultante d'une situation historique qui dépasse, de loin, tout volontarisme politique.

            Je souhaiterais finir cette exploration de la diffusion des conceptions ethnocentriques américaines en citant un livre récent de Farhad Khosrokhavar et Olivier Roy sur l'Iran, qui me semble faire écho, au moins sur le plan intellectuel et politique, à ces problèmes de perception du monde et de domination sur les catégories qui permettent de le représenter.

      

            "La critique tiers-mondiste de l'Occident dénonce son pseudo-universalisme qui masquerait une volonté d'hégémonie. L'imposition de valeurs proprement occidentales viserait en fait à assurer de manière plus pacifique cette hégémonie (féminisme, droits de l'homme, démocratie, etc.). Cette critique existe aussi bien dans une version marxiste (l'aliénation) qu'islamiste (l'agression culturelle). L'orientalisme (voire l'islamologie) était ainsi perçu comme une construction intellectuelle et méthodologique visant à réduire l' "Orient" à une société réifiée, immuable et dépendante. Comment alors inverser le regard ? Se déprendre d'un Occident qui offre lui-même les instruments conceptuels avec lesquels on peut le critiquer, maintenant donc cette critique dans son orbite ?

            Certains intellectuels [...] veulent inverser le regard ou, du moins, constituer une connaissance de l'Occident par l'Orient, ce regard ayant une double dimension : la première, en tant que connaissance authentique de l'Occident par une analyse sans complaisance de la part de ceux qui ont pâti du parti-pris occidental de les dominer jadis ; la seconde, en tant que procédure cathartique par laquelle les intellectuels orientaux pourraient s'affranchir de la fascination de cet Occident qui s'est niché non seulement dans les relations factuelles (économiques, politiques, culturelles) entre les sociétés, mais aussi dans leur propre imaginaire. Ce savoir qu'il faut tenter de constituer, on l'appelle "occidentologie" en Iran." [23]



[1] Serge Berstein (dir.), Les cultures politiques en France, Seuil, 1999. Le "style national" qu'évoque Stanley  Hoffmann (cf. infra) est assez proche de la culture politique telle que redéfinie récemment par l'école d'histoire politique française ; reste à savoir – ce point est débattu – si l'on peut parler d'une culture politique nationale, puisque l'ouvrage collectif mentionné ici s'intéresse aux "sub-cultures" politiques nationales.

[2] François Hartog, Le miroir d'Hérodote - Essai sur la représentation de l'autre, NRF, 1988. "Les Egyptiens ont un climat très particulier, un fleuve dont le régime ne ressemble à aucun autre ; ils ont aussi, en général, des coutumes et des lois contraires à celles du reste du monde. Chez eux les femmes vont au marché et font le commerce, les hommes gardent la maison et tissent. Partout l'on tisse en menant la trame de bas en haut : les Egyptiens la mènent de haut en bas. Les hommes portent les fardeaux sur leur tête, les femmes sur leurs épaules. Pour uriner les femmes restent debout, les hommes s'accroupissent. [...]" (II, 35)

[3] Michael Lind, "Civil War by Other Means", Foreign Affairs, vol. 78 n°5, septembre - octobre 1999

[4] Gilbert Achcar, "Le monde selon Washington", in H. Lelièvre, dir., Les Etats-Unis maîtres du monde ?, 1999

[5] Stanley Hoffmann, Gulliver empêtré, essai sur la politique étrangère des Etats-Unis, Seuil, 1971 (parution américaine 1968), page 143.

[6] S. Hoffmann, op. cit., page 160

[7] Alfredo GA Valladao, Le XXIe siècle sera américain, La Découverte, Paris, 1993

[8] Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Gallimard, 1986 (1835), vol II, 1ère partie, chapitre 1

[9] NB : cinq mois après le colloque, les "rogue states" sont devenus, suite aux critiques adressées à ce concept et au Sommet des deux Corée, des "states of concern", des Etats préoccupants.

[10] Robert Chase, Emily Hill, Paul Kennedy, ed., The Pivotal States. A New Framework for US Policy in the Developing World, Norton, New York, 1999

[11] Pierre Hassner, "L'Amérique et le monde - théorie et pratique", Etudes, octobre 1998.

[12] Intervention à la French-American Foundation, 4 mai 1999

[13] Gilbert Achcar, op.cit. ; l'image de la roue et des rayons appartient à la tradition des relations internationales, voir par exemple Josef Joffe, " 'Bismarck' or 'Britain' ? Toward an American Grand Strategy after Bipolarity", International Security, printemps 1995 ou Charles Kupchan, "After Pax Americana", International Security, automne 1998.

[14] A moins que le mot "Chine" ne vienne de la dynastie Quin (221 à 207 av. n. è)

[15] Susan STRANGE, States and Markets, deuxième édition, St Martin Press, New York, 1994

[16] NB : y compris Vicente Fox, élu cinq mois après le colloque.

[17] C. Jaffrelot, Dr. Ambedkar : leader intouchable et père de la Constitution indienne, Presses de Sciences Po, Paris, 2000

[18] Joseph S.  Nye Jr.,  Bound to Lead, The Changing Nature of American Power, New York, Basic Books, 1990

[19] Bernard Kapp, "L'invention du sous-développement", Le Monde, 30 novembre 1999

[20] Till Geiger, "Pattern of Analysis or Model of Growth ? American Influence in Setting Up European Statistics on Economic Growth After World War II", communication présentée au Colloque de Forli à Bertinoro, 1998

[21] Moises Naim, "Washington Consensus or Washington Confusion ?", Foreign Policy, printemps 2000

[22] Cf. Robert Kagan, “ The benevolent empire ”, et Charles William Maynes, “ The perils of (and for) an imperial America ”, Foreign Policy, été 1998

[23] Farhad Khosrokhavar, Olivier Roy, Iran : Comment sortir d'une révolution religieuse ?, Seuil, Paris, 1999